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Fiat 124
Une authentique « global car »
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02 Octobre 2023
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Fiat 124

Une authentique « global car »

Dans les années 1960, Fiat lance un projet aussi ambitieux que réussi : la création d’une famille de voitures construites autour de la 124, une berline moderne et fiable, projet qui dépasse les frontières italiennes pour devenir un succès international.


La conception de la nouvelle berline trois volumes Fiat commence sous la direction technique de Dante Giocosa. Il choisit l’architecture la plus traditionnelle parmi celles envisagées, laissant au design la tâche d’être en phase avec son époque, tout en intégrant différentes innovations moins évidentes mais qui se révéleront brillantes. 

Ainsi, en mars 1966, le constructeur turinois présente au Salon de Genève la nouvelle Fiat 124 qui intègre le segment le plus populaire du marché européen, celui des voitures moyennes. Elle se situe en gamme entre la dernière Fiat 1100 R et le duo américanisé 1300 - 1500. La puissance de la 1100 R (qui restera en vente jusqu’en 1969) est réduite afin de la différencier de la nouvelle 124 qui remplace la 1300 dont la production s’arrête. La Fiat 125 prendra la place de la 1500 un an plus tard en 1967.

Les formes carrées sont très modernes pour l’époque : la nouvelle Fiat 124 est une berline quatre portes avec trois volumes bien dessinés. Elle arbore un aspect un peu plus sportif par rapport à la 1100 R et à la 1300 grâce à une largeur plus importante et à une hauteur réduite, tandis que sa longueur dépassant légèrement les quatre mètres la situe entre les deux modèles. 

L’habitacle, ample et lumineux, peut accueillir jusqu’à cinq passagers. La position de conduite est confortable, avec une excellente visibilité offerte par l’imposant pare-brise, et toutes les commandes sont faciles d’accès. La disposition du coffre est elle aussi rationnelle : le réservoir d’essence se situe à droite, tandis que la roue de secours se trouve à gauche, en position verticale, ce qui est très pratique car elle est facilement accessible même lorsque le coffre est plein.

Bien que le schéma soit traditionnel, avec moteur longitudinal à l’avant et propulsion, la mécanique et le châssis sont plus recherchés que dans le passé. Sous le capot se cache un quatre cylindres de 1197 cm3, avec un seul arbre à cames latéral et des soupapes commandées par des bras et des culbuteurs, qui distribue 60 ch. Sa conception, œuvre de l’ingénieur Lampredi, prévoit l’utilisation de cinq roulements de vilebrequin sur lesquels tourne l’arbre moteur : l’un des points forts de la robustesse et de la longévité de la voiture.

Le châssis présente lui aussi des évolutions techniques, notamment sur l’essieu arrière. Il s’agit d’un essieu rigide, mais suspendu sur des ressorts hélicoïdaux avec, à l’intérieur, des amortisseurs télescopiques : une solution plus moderne que les traditionnels ressorts à lame. Une efficace barre transversale Panhard améliore la stabilité, tandis que les barres antiroulis à l’avant et à l’arrière complètent la configuration. Le système de freinage se compose de quatre freins à disque, initialement sans servofrein, mais avec un régulateur à l’arrière. Les performances sont remarquables pour l’époque, facilitées par l’utilisation judicieuse des matériaux qui permet d’atteindre un poids à vide de seulement 855 kg.

La version break appelée « Familiare » fait ses débuts au Salon de Turin en novembre 1966. Elle présente un hayon permettant d’accéder à un coffre plus spacieux, une troisième vitre latérale, un réservoir d’essence plus grand, des pneus et un rapport de pont adaptés à la charge plus importante. En outre, le projet « 124 » prévoit deux versions sportives : c’est ainsi que font leur apparition la Fiat 124 Sport Spider dessinée par Pininfarina, qui fait elle aussi ses débuts à Turin en 1966 et évoluera jusqu’à devenir la Fiat 124 Abarth Rally, et la 124 Sport Coupé née du crayon du Centre de style Fiat et présentée à Genève en 1967. Les deux modèles sont équipés du fameux « double arbre Lampredi » : le 1,4 litre de 90 ch de la spider passe à 1,6 litre et 110 ch sur la coupé, mais est destiné à encore évoluer. 

Le rapport qualité/prix est immédiatement apprécié par le public et par les professionnels qui l’élisent Voiture de l’année 1967 à l’occasion de la quatrième édition de ce prestigieux prix. La 124 marque le début d’une longue série de victoires pour Fiat, dont neuf modèles ont été couronnés.

Le projet « 124 » permet de créer différentes carrosseries, de la berline au break, de la coupé à la spider. Il dépasse les frontières italiennes avec une production à large échelle à l’étranger, notamment en Union soviétique et en Espagne. 



Faisant plus qu’une incursion au-delà des frontières, la Fiat 124 devient une véritable « global car ». En effet, le 4 mai 1966, dans le grand salon du Centre Historique Fiat, Vittorio Valletta, Président de Fiat, et Alexandr Mikhailovich Tarasov, ministre pour l’industrie automobile soviétique, signent un premier engagement qui se concrétisera le 15 août à Moscou avec l’accord définitif. 

Le contrat entre Fiat et le gouvernement soviétique prévoit la fourniture par l’entreprise turinoise d’un projet complet pour l’usine, cédant aux Soviétiques les plans et les droits de propriété industrielle de deux modèles dérivés de la Fiat 124, qui ont été modifiés afin de s’adapter aux conditions climatiques et routières particulières de l’URSS. C’est ainsi que naît l’usine AvtoVAZ à Togliatti, dans la région de Samara, qui entre en plein régime en 1970. Les Lada-VAZ 2101, plus connues sous le nom de Žiguli, sortent de la grande chaîne de montage dans une version des 124 berline et break avec un arrière-train renforcé. 

L’impact sur la production soviétique est considérable : entre 1965 et 1972, elle passe de deux cent mille à un million deux cent mille unités. En plus de fournir de nombreux composants à la future 4x4 Lada Niva (VAZ 2121 de 1977), la Žiguli, qui connaît quelques évolutions tout en restant fidèle à la version initiale, traverse le siècle et reste en production jusqu’en 2012.

Mais la production étrangère ne se limite pas à l’Union soviétique. Dès les années 1950, Fiat, qui possédait des parts de la société, transmet son savoir-faire au constructeur espagnol Seat. Après le succès local de la version espagnole de la Fiat 600, la Seat 124 voit le jour en 1968 et est même commercialisée un temps en Italie sous le nom de Seat 124D Pamplona, après le remplacement en 1974 de la 124 par la Fiat 131. En plus de l’Espagne, la 124 fut également produite en Turquie, en Inde et en Corée du Sud.

Grâce à l’apport d’évolutions techniques et à l’adoption de moteurs plus sophistiqués, la famille 124 améliore ses performances tout en conservant ses points forts : économicité, robustesse et fiabilité. Comme le prouvent l’exploit lors du tortueux raid entre la ville du Cap et le cap Nord, mais surtout les plus de 20 millions d’exemplaires produits en plus de quarante ans.


En Italie, à la veille du Salon de Turin de 1968, la berline est rejointe par la Fiat 124 Special : elle présente une nouvelle calandre avec double phare, des feux plus grands, un nouveau tableau de bord, un servofrein, un essieu arrière revu, mais surtout un moteur qui atteint les 1438 cm3 pour 70 ch. En 1970 a lieu le premier restyling qui apporte à toutes les versions les nouveautés (arrière-train et servofrein) de la Special, tandis que la calandre et les groupes optiques sont modifiés. L’arrivée de la nouvelle Fiat 124 Special T, doté du double arbre Lampredi (Twin cam, d’où le T) dérivé des modèles sportifs, suscite un vif intérêt avec ses 80 ch et ses 160 km/h en vitesse de pointe.

Le dernier restyling a lieu en 1972, avec quelques modifications esthétiques extérieures, un intérieur renouvelé, mais surtout des améliorations sous le capot grâce à des moteurs plus puissants et efficaces. Le glorieux 1200 cm3 de la berline et de la Familiare atteint les 65 ch, celui de la Special monte à 75 ch, tandis que la 124 Special T 1600 devient la version la plus puissante avec ses 95 ch.

La production italienne s’arrête en 1974 après plus d’un million cinq cent mille exemplaires fabriqués, entre la berline et le break. 200 000 spiders sont produites jusqu’en 1985, notamment aux États-Unis et sous la marque Pininfarina. 268 000 coupés sont réalisées entre 1967 et 1975. Au total, la production mondiale dépasse les 20 millions d’exemplaires.

L’aventure du « Raid des 2 Caps » témoigne de la fiabilité de la 124 : en 1970, trois Fiat 124 Special parcourent plus de 40 000 kilomètres entre la ville du Cap et le cap Nord, signant une aventure plus que mémorable. L’un des exemplaires est exposé en parfaites conditions à l’Heritage Hub de Stellantis à Turin, dans la zone thématique « Epic Journeys ».

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